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| Métro Saint Germain des Prés - Peter Turnley - YellowKorner |
Quand je revois cette photo, cela me fait toujours sourire. Le premier jour de ma nouvelle vie, une seconde naissance, une chance que j’avais décidé de m’accorder après vingt quatre premières années de souffrances et de non-dits, qui s’était terminé sur un lit d’hôpital, quelque part en province. Le jour de mon réveil, après quelques semaines de coma, j’avais décidé de laisser dans cet hôpital, ce personnage dans lequel j’étais enfermé depuis si longtemps et avec lequel je ne pouvais plus vivre. Le jour où le chef de service était venu signer ma feuille de sortie, j’étais déjà loin. J’avais compris que pour exister il fallait tirer un trait sur tout ce que je connaissais et j’avais quitté l’hôpital en douce, en laissant tout derrière moi.
Ah ! Cette photographie… Ce jour était le mien. J’avais répété le scénario dans ma tête dix fois. J’en rêvais depuis si longtemps. Mes rêves prenaient enfin corps. Ce jour là, en sortant du métro, j’entrais dans ma vie.
Je me revois hésitant sur mes talons en sortant de la station Saint Germain des Prés, avec un soleil qui brillait si fort, comme pour fêter mon courage. Cela faisait des mois que je préparais cette sortie. Benjamin estimait que le métro parisien était l’ultime épreuve. La réelle confrontation aux autres, l’absence de complaisance, la concrétisation de mon projet. Dans ma chambre de bonne, je m’y étais préparé durant de longs mois, ajustant ma tenue, apprêtant ma coiffure et améliorant mon maquillage éternellement. Et puis un jour il m’avait dit : « Il faut sortir ! Seul dans ta chambre tu n’existes pas ! Si tu veux revivre, il faut t’exposer au monde et assumer ».
J’avais repoussé l’échéance. J’arrivais enfin à me confronter au miroir, je ne me sentais pas encore capable d’affronter les regards. Benjamin avait utilisé tous les moyens dont il disposait pour me convaincre, la tendresse, l’humour, la colère, l’encouragement… Quand il avait senti qu’il ne lui restait que la violence, il avait décidé de me quitter, afin de ne pas me détruire à nouveau. Et la simple évocation de cette menace me fit craquer. Je sortirai et me montrerai au grand jour, j’assumerai désormais ma vie. Simple figurant jusqu’ici, je deviendrai le rôle principal.
Le métro semblait, certes, l’épreuve la plus dure mais si je la réussissais, Benjamin était certain que je résisterai à tout. J’avais des sueurs froides, rien qu’à l’idée de tout ces regards braqués sur moi, ces inconnus qui me dévisageraient, me critiqueraient, me jugeraient. Mais je sentais, au plus profond de moi même, qu’il était temps.
La veille de la date, que nous avions retenue pour ma première sortie, je décidai de faire la surprise à Benjamin. Quand il remonta de la boulangerie, avec les croissants matinaux, je l’attendais, dans ma robe de soie sauvage anthracite, en équilibre sur mes talons fins, pétrifiée par la peur mais déterminée à franchir le pas. Nous avalâmes notre café et nos croissants en deux minutes, comme poussé par l’urgence de cette nouvelle vie. Dix minutes plus tard, nous franchissions les portes du métro. Mes talons, tant de fois essayés dans mon minuscule appartement, étaient plus instables que prévu, mais personne ne semblait me prêter attention. Ces usagers du métro que j’avais imaginé en juges implacables, ne m’excluaient pas, certains sourires légèrement libidineux me donnèrent même confiance. J’étais désormais "une femme séduisante". Adieu Christophe! Bonjour Karine!
Ah ! Cette photographie… Ce jour était le mien. J’avais répété le scénario dans ma tête dix fois. J’en rêvais depuis si longtemps. Mes rêves prenaient enfin corps. Ce jour là, en sortant du métro, j’entrais dans ma vie.
Je me revois hésitant sur mes talons en sortant de la station Saint Germain des Prés, avec un soleil qui brillait si fort, comme pour fêter mon courage. Cela faisait des mois que je préparais cette sortie. Benjamin estimait que le métro parisien était l’ultime épreuve. La réelle confrontation aux autres, l’absence de complaisance, la concrétisation de mon projet. Dans ma chambre de bonne, je m’y étais préparé durant de longs mois, ajustant ma tenue, apprêtant ma coiffure et améliorant mon maquillage éternellement. Et puis un jour il m’avait dit : « Il faut sortir ! Seul dans ta chambre tu n’existes pas ! Si tu veux revivre, il faut t’exposer au monde et assumer ».
J’avais repoussé l’échéance. J’arrivais enfin à me confronter au miroir, je ne me sentais pas encore capable d’affronter les regards. Benjamin avait utilisé tous les moyens dont il disposait pour me convaincre, la tendresse, l’humour, la colère, l’encouragement… Quand il avait senti qu’il ne lui restait que la violence, il avait décidé de me quitter, afin de ne pas me détruire à nouveau. Et la simple évocation de cette menace me fit craquer. Je sortirai et me montrerai au grand jour, j’assumerai désormais ma vie. Simple figurant jusqu’ici, je deviendrai le rôle principal.
Le métro semblait, certes, l’épreuve la plus dure mais si je la réussissais, Benjamin était certain que je résisterai à tout. J’avais des sueurs froides, rien qu’à l’idée de tout ces regards braqués sur moi, ces inconnus qui me dévisageraient, me critiqueraient, me jugeraient. Mais je sentais, au plus profond de moi même, qu’il était temps.
La veille de la date, que nous avions retenue pour ma première sortie, je décidai de faire la surprise à Benjamin. Quand il remonta de la boulangerie, avec les croissants matinaux, je l’attendais, dans ma robe de soie sauvage anthracite, en équilibre sur mes talons fins, pétrifiée par la peur mais déterminée à franchir le pas. Nous avalâmes notre café et nos croissants en deux minutes, comme poussé par l’urgence de cette nouvelle vie. Dix minutes plus tard, nous franchissions les portes du métro. Mes talons, tant de fois essayés dans mon minuscule appartement, étaient plus instables que prévu, mais personne ne semblait me prêter attention. Ces usagers du métro que j’avais imaginé en juges implacables, ne m’excluaient pas, certains sourires légèrement libidineux me donnèrent même confiance. J’étais désormais "une femme séduisante". Adieu Christophe! Bonjour Karine!
Cette photographie a été prise dans les escaliers du métro Saint Germain des Prés, c’est moi qui étais instable sur mes talons mais c’est Benjamin qui a glissé au moment où il prenait la photo.
Mc

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