samedi 8 octobre 2011

A la volée!

Métro Saint Germain des Prés - Peter Turnley - YellowKorner
Quand je suis une femme dans le métro je lui regarde les pieds. C’est sadique j’aime la voir trébucher. Seulement, après, je m’attendris. Je ne regarde pas, comme certains hommes politiques, pour le pur plaisir sensuel que ça peut m’apporter mais j’ai besoin de les suivre pour donner un sens à mes voyages. Certains écoutent de la musique. D’autres lisent les poésies placardées dans les wagons et les plans de lignes même quand ils savent très bien où ils vont. Les américaines se racontent les détails de leur vie intime au mégaphone à travers les wagons et les lycéennes écrasent leurs franges et leurs Eastpacks dans les coins reculés en chewingumants, l’air glauque. Moi je regarde les pieds. Dans les wagons c’est difficile et je passe pour un pervers. Dans les escaliers j’ai parfois l’air d’un clochard. Je ne m’assied plus avec un café de peur qu’on y jette une pièce. Mais je remonte lentement pour profiter des jambes de mes concitoyennes, des jeans détruits sur les converses vintages, des ourlets bien faits sur les petites ballerines et des jupes droites de boulot avec talon assortis. Mais je suis comme n’importe quel pervers qui se respecte, les talons aiguilles me font frémir et quand il se tordent, la honte passagère, le rattrapage de ballerine ou la lourde chute, tout me plaît ! 


Moi, je suis une femme, dans le métro je déteste qu’on me regarde les pieds. La plupart du temps, je me fonds dans la masse. J’accepte de ne pas exister dans la foule et j’y mets même un effort particulier. Je me tiens à plat, strapontin fermé derrière mes pieds joints, casque sur les oreilles musique à fond, livre de poche ouvert (je ne prends pas la place d’un plein journal), yeux baissés jusqu’à ma station. Arrivée, je me fais le plaisir de sortir avant que le métro soit tout à fait à quai. Cette petite rébellion passée, je marche en respectant le code de la route des piétons sous terre. Lentement à gauche, rapide à droite, ne pas doubler sur la droite sauf un touriste, une poussette et un groupe d’adolescente demeurées…
Mais quand je suis en talons aiguilles c’est une autre affaire. En général, j’ai un rendez vous. Sans doute un rendez vous qui me fait suffisamment peur pour que je ressente le besoin de me rassurer en me rajoutant 5,6 centimètres de jambes. Je suis certainement en retard et mon sac à main est trop lourd. J’ai un trajet fatiguant. Je vais arriver en nage. Mon maquillage n’aura sans doute pas tenu le coup. J’aurais un tremblement dans la jambe droite. J’aurai trop chaud dans mon manteau mais froid au cou sans mon écharpe.
Et c’est là que ça arrive. J’y suis presque. Je sors enfin des dédales confinés vers la liberté et mon rendez vous urgent et je sens des yeux qui se posent sur mes talons. Pas les yeux adorateurs de mon amoureux ce matin quand il a vu les « chaussures fantasmes » sortir de leur papier de soie, pas les yeux réprobateurs de ma mère quand je lui explique que, oui c’est bien des chaussures « de boulot », mais des yeux de pervers. Des yeux qui recherchent des proies, des yeux qui attendent que je me viande!
Et le tremblement de ma jambe se précise. Je ne vais pas tenir. Première marche, deuxième, trois… mon talon cède ! Que faire à part subir la honte passagère ? Rattrapage de ballerine ou lourde chute d’éléphanteau ? Tant pis pour les dossiers, je fais valser, je tourne sur le talon qui, de toute façon, part dans le décor et lance mon autre pied à la volée.


Quand je suis dans le métro, peu de choses égaient la matinée à vendre des tickets. Mais là, la working girl qui envoient son pied dans la tête du type à lunettes qui mate les minettes à talons du métro tous les matins, ça m’a laissé coite !

EZ

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