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| Désir d'ailleurs - Matthieu Casimiri - YellowKorner |
Chaque soir, à l’heure du crépuscule, Monsieur et Madame Ying sortaient faire leur promenade apéritive sur les quais. Le rituel était immuable et le personnel du port avait tellement pris l’habitude de les voir, que personne n’aurait songé à leur demander une autorisation de visite. Pourtant le port était fermé au public, mais Monsieur et Madame Ying n’étaient jamais contrôlés tant ils faisaient partie des habitudes du lieu. Chaque docker, jeune ou vieux, en résidence ou de passage, savaient que sur les coups de sept heures, ils croiseraient le couple sur la grande jetée.
Le port de Hong Kong avait ses habitudes : les bateaux en provenance de terres lointaines arrivaient tôt le matin et déchargeaient leurs milliers de containers, les camions accouraient vers midi et repartaient pleins de leurs chargements éphémères, Monsieur et Madame Ying, les bras entremêlés, se promenaient au coucher du soleil.
Monsieur Ying étaient toujours vêtu de noir, se tenait très droit et portaient immanquablement son parapluie, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse beau. Son épouse avait dût être une femme belle et heureuse. Désormais son visage était empreint d’une lassitude non dissimulée, ses yeux, si vifs, s’étaient comme éteints et sa seule trace d’originalité, se décelait dans la couleur de ses vestes, qui en opposition à celle de son mari, tiraient toujours vers les couleurs pastelles.
Personne n’aurait su dire d’où ils venaient ni où ils repartaient. Ils arrivaient en silence, ne parlaient ni entre eux, ni aux étrangers. Leur routine n’avait jamais créée la moindre familiarité avec des êtres qui, de fait, faisaient partie intégrante de leur quotidien. Les bruits les plus étranges, les rumeurs les plus persistantes, les inventions les plus délirantes avaient courus à leur sujet mais aucune histoire n’avait jamais pu être vérifiée.
A la buvette du quai n°1, le mystérieux couple faisait encore jaser les jours de plein soleil, quand, droit comme un i, Monsieur et Madame Ying arrivaient sous leur parapluie noir, l’air nuageux. Les marins en transit s’essayaient au jeu de détective afin de comprendre les raisons de cette mystérieuse promenade quotidienne. Certains dockers, parmi les plus anciens, prenaient un air entendu lorsqu’on évoquait, ce qui était devenu, un terrible secret, devant eux. Progressivement, avec le temps, l’histoire s’estompa.
Le temps passa, jusqu’au jour, où un paquebot immense, arrivant d’Angleterre, après une longue croisière, s’amarra au bout de la grande jetée. Tous les marins s’étaient précipités pour voir l’arrivée du prestigieux bâtiment, qui revenait une seconde et dernière fois dans la baie de Hong Kong, avant d’être démantelé. Son dernier voyage avait été annoncé dans toute la presse locale, car il n’était pas revenu sur ces côtes depuis cinquante ans.
La particularité de ce voyage résidait dans le fait que le paquebot était dirigé par le même amiral qui l’avait conduit là la première fois. Lorsque le gentleman, descendit à terre, les journalistes l’attendaient de pied ferme. Avec une ponctualité admirable, il commença sa conférence de presse au coucher du soleil. Les questions fusaient et l’homme, volubile, se délectait de l’effet produit par le récit de ses souvenirs. Tout à coup, à l’horizon, il eut une vision, qui le glaça d’horreur. Là, au bout de la jetée, se tenait un couple, qu’il aurait reconnu entre mille. Un homme, droit comme un i et une femme au regard las, sous un parapluie. Ce même couple qui, cinquante ans plus tôt, jour pour jour, étaient décédés dans l’accident d’amarrage de son paquebot.
Mc
Le port de Hong Kong avait ses habitudes : les bateaux en provenance de terres lointaines arrivaient tôt le matin et déchargeaient leurs milliers de containers, les camions accouraient vers midi et repartaient pleins de leurs chargements éphémères, Monsieur et Madame Ying, les bras entremêlés, se promenaient au coucher du soleil.
Monsieur Ying étaient toujours vêtu de noir, se tenait très droit et portaient immanquablement son parapluie, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse beau. Son épouse avait dût être une femme belle et heureuse. Désormais son visage était empreint d’une lassitude non dissimulée, ses yeux, si vifs, s’étaient comme éteints et sa seule trace d’originalité, se décelait dans la couleur de ses vestes, qui en opposition à celle de son mari, tiraient toujours vers les couleurs pastelles.
Personne n’aurait su dire d’où ils venaient ni où ils repartaient. Ils arrivaient en silence, ne parlaient ni entre eux, ni aux étrangers. Leur routine n’avait jamais créée la moindre familiarité avec des êtres qui, de fait, faisaient partie intégrante de leur quotidien. Les bruits les plus étranges, les rumeurs les plus persistantes, les inventions les plus délirantes avaient courus à leur sujet mais aucune histoire n’avait jamais pu être vérifiée.
A la buvette du quai n°1, le mystérieux couple faisait encore jaser les jours de plein soleil, quand, droit comme un i, Monsieur et Madame Ying arrivaient sous leur parapluie noir, l’air nuageux. Les marins en transit s’essayaient au jeu de détective afin de comprendre les raisons de cette mystérieuse promenade quotidienne. Certains dockers, parmi les plus anciens, prenaient un air entendu lorsqu’on évoquait, ce qui était devenu, un terrible secret, devant eux. Progressivement, avec le temps, l’histoire s’estompa.
Le temps passa, jusqu’au jour, où un paquebot immense, arrivant d’Angleterre, après une longue croisière, s’amarra au bout de la grande jetée. Tous les marins s’étaient précipités pour voir l’arrivée du prestigieux bâtiment, qui revenait une seconde et dernière fois dans la baie de Hong Kong, avant d’être démantelé. Son dernier voyage avait été annoncé dans toute la presse locale, car il n’était pas revenu sur ces côtes depuis cinquante ans.
La particularité de ce voyage résidait dans le fait que le paquebot était dirigé par le même amiral qui l’avait conduit là la première fois. Lorsque le gentleman, descendit à terre, les journalistes l’attendaient de pied ferme. Avec une ponctualité admirable, il commença sa conférence de presse au coucher du soleil. Les questions fusaient et l’homme, volubile, se délectait de l’effet produit par le récit de ses souvenirs. Tout à coup, à l’horizon, il eut une vision, qui le glaça d’horreur. Là, au bout de la jetée, se tenait un couple, qu’il aurait reconnu entre mille. Un homme, droit comme un i et une femme au regard las, sous un parapluie. Ce même couple qui, cinquante ans plus tôt, jour pour jour, étaient décédés dans l’accident d’amarrage de son paquebot.
Mc

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