samedi 8 octobre 2011

3h36, Quai n°6

Transsibérien - François Fontaine - YellowKorner
Les quais de la gare étaient déserts, il était derrière moi ; pétrifiée, je ne pouvais me retourner, j’avançais, je le sentais.
Malgré la lumière, il n’y avait personne dans le train, personne sur ce quai n°6, le hall de gare était vide, aucune voiture stationnée devant, plus de car ni de taxi, le bar était fermé, l’horloge indiquait 3h36.
À l’affut d’une issue, je n’avais pas le choix, marcher sur cette longue route de campagne en espérant croiser quelqu'un… Toujours personne, le vent soufflait et entre les réverbères la lune éclairait le chemin, centre ville 3km36…
Le bruit de ses pas se rapprochait. Je n’avais plus de doutes, c’était lui ; j’imaginais sa lame sous sa longue gabardine noire ; celle ci devenue si célèbre dans les journaux ; toutes les télés en parlaient… Le courage m’abandonnait.
Agacée, cette fois, je savais que je ne pourrais plus lui échapper, affolée, dans ma tête toutes les images défilaient, ma vie, ma famille, mes amis, les bons et mauvais moments et surtout le jour où je surpris ce tueur dans une ruelle du 19ème arrondissement de Paris, lors de son 5ème crime.
J’étais la seule témoin, et l’assassin de Stalingrad, comme les médias l’avaient surnommé, avait déjà  tenté de m’éliminer sans succès. Dès lors, la peur et la pression des journalistes m’ont fait fuir la capitale. Je pensais trouver refuge dans ce petit village perdu près d’Évian, et loin de cette protection policière qui pourtant m’étouffait, je serais sa 6ème victime.
Entre 3 et 6 mètres nous séparaient encore. Je pris la fuite, il courrait derrière moi et me rattrapais…
Ainsi je finirai là, un corps inerte, gisant dans un champs, un cri silencieux dans la nuit noire, sur une symphonie orchestrée par le vent et le vide, un sombre spectacle sanglant, la pleine lune pour seul témoin.
PB

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