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| Gregory Crewdson - Photo tirée de la série Beneath the Roses |
Il appuie sur l’accélérateur.
Elle bat des cils et sent sa
poitrine se gonfler.
Un bref instant, tout se
transforme autour d’elle.
Le chaos s’invite dans la pièce.
Le bruit lui vrille la tête. Le sol vibre sous ses pieds et un léger
tremblement parcourt son corps.
Le rouge sombre des pétales dans
ses mains vire à l’orange et des reflets verdâtres strient tout à coup la
moquette.
Le silence revient. La voiture a
disparu au fond de la rue.
Ses mains lui piquent.
Oui, elle a recommencé.
Depuis quelques temps, c’est
devenu incontrôlable. Auparavant, elle poussait des cris dans la nuit,
réveillant d’abord ses frères puis plus tard ses amants. Epouvantant quiconque
dormait à proximité.
Mais maintenant elle ne crie plus
elle agit. Du pain béni pour les psychanalystes, un casse tête pour les
médecins du sommeil. Chaque soir l’angoisse pour elle.
Elle avait passé plusieurs nuits
à la clinique, branché à des électrodes. « Vous avez une activité
cérébrale très intense durant certaines phases du sommeil » tel avait été
la conclusion de ces longues heures nocturnes où son cerveau avait été sous
surveillance. La médecine cachait alors son impuissance derrière des batteries
de tests qui ne menaient nulle part. Ils ne pouvaient pas l’aider.
Depuis qu’elle dormait seule,
qu’elle s’était séparée de son dernier compagnon, les crises avaient
empiré : personne n’était plus là pour l’arrêter quand quelque chose en
elle décidait de passer l’aspirateur devant la porte d’entrée, de vider ses
vêtements dans la poubelle ou encore de découper journaux et magasines en tous
petits morceaux pour faire du feu. La peur l’avait pleinement gagnée la nuit où
le bruit de sa propre voiture l’avait réveillé. Elle venait d’enclencher le
contact, le pied enfoncé sur la pédale d’embrayage.
Elle ouvrit les mains et regarda
les roses déchirées se répandre sur le sol. Dans la salle de bain, elle
s’aspergea le visage et lava ses mains blessées avec du savon. A l’aide d’une
pince à épiler, elle retira les épines.
Les somnifères s’étaient finalement
révélés la seule option possible. Ils l’assommaient à un tel point que pendant
plusieurs heures elle était incapable de bouger. C’était extrême mais efficace.
Malheureusement son corps commençait à s’habituer et petit à petit elle avait
du augmenter les doses.
Elle admira le parterre de fleur
qui jonchait le sol. Une allée d’honneur en quelque sorte. Elle s’étonnait à
chaque fois de la minutie avec laquelle cet avatar ensommeillé d’elle-même
réalisait ses actes. Devait-elle faire disparaître ces traces de folie
passagère maintenant et remettre de l’ordre ? Elle se décida pour attendre
le jour.
Elle secoua le plaid où gisaient
toujours quelques cadavres de fleurs et glissa ses jambes dans les draps de
lin. Cette douceur l’apaisa. Elle attrapa un des flacons sur la table de nuit.
Un dernier cachet lui permettrait de retrouver le sommeil. Elle se figea. Mais
où avait-elle trouver toutes ses roses ?
« Que faites
vous ? » A l’autre bout de la pièce, une petite dame en chapeau et en
manteau braquait un pistolet en argent sur elle. Très doucement, elle dirigea
ses yeux vers le flacon de somnifère qu’elle tenait toujours dans la main. Mary
Crawford. C’était une prescription pour Mary Crawford. La terreur s’empara
d’elle à la pensée qu’elle n’était pas chez elle.
JR

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