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| Transsibérien - François Fontaine - YellowKorner |
Papa avait promis, il l’avait même juré. Le dernier jour des vacances, nous irions les voir. Nous partirions tous les deux, nous irions manger une glace en fin d’après midi, chez Boilu, le marchand de glace à la pomme verte, et nous irions passer la soirée là bas. Il avait promis, il avait dit qu’il m’emmènerait, il me l’avait juré devant la tombe de Mamie au mois de novembre.
Mamie avait acheté les billets depuis très longtemps. Elle était allée les voir quand elle était petite et n’avait de cesse d’y retourner. Tous les soirs, avant de m’endormir, elle me racontait ses souvenirs. Je n’y étais jamais allé mais je connaissais tout par cœur, j’avais tout le déroulement dans la tête, j’étais incollable.
L’été dernier, j’avais vu l’affiche et j’étais rentré en pédalant comme un fou sur mon vélo. J’étais arrivé sans pouvoir prononcer un mot tellement j’étais essoufflé, mais Mamie avait deviné, elle l’avait lu dans mes yeux, elle avait compris en un instant. Avant même que les mots me reviennent elle m’avait installé dans sa voiture et nous avions été les premiers à acheter les places au guichet. Nous avions les meilleures places, nous allions tout voir et peut être même que je serais choisi pour participer à cette incroyable aventure. J’en avais rêvé toute l’année.
Quand Mamie est tombée malade, elle m’a fait promettre d’aller les voir quoiqu’il arrive. J’ai demandé au médecin si elle pourrait venir avec moi, à la fin du mois d’août, car nous avions déjà acheté les billets. Il a dit qu’il allait faire l’impossible, mais chez les médecins, l’impossible ça ne veut pas dire grand chose car elle est morte le lendemain.
Ce soir, j’ai compris qu’il ne m’emmènerait pas. Il a dit que son patron allait venir nous voir, qu’il faisait beaucoup de route et que c’était très important pour sa carrière. Je lui ai rappelé sa promesse mais il a dit que nous irions un autre jour ou l’année prochaine, mais moi je savais qu’il ne reviendrait pas avant des années. J’ai pleuré tout l’après midi, je l’ai supplié, j’ai voulu mourir. J’ai essayé d’y aller tout seul mais il a refusé. J’ai regardé l’horloge et j’ai compris que c’était fichu, il était dix heures.
Ils ont ri toute la soirée et ils ont décidés d’aller prendre un dernier verre au bar de la rue Jaunet. Dès qu’ils sont sortis, j’ai pris mon vélo et j’ai pédalé, pédalé, pédalé, pour voir les dernières minutes, les dernières secondes. Mais quand je suis arrivée, tout était fini, il ne restait rien, plus de musique, plus de décor, plus personne. Un type bizarre m’a dit qu’ils avaient repris leur train parce qu’il y avait un autre spectacle demain, dans une autre ville. J’ai repris mon vélo et j’ai foncé à la gare. Le train était encore sur le quai, le train rouge et vert, le fameux train que Mamie m’avait décrit.
Je suis arrivée sur le quai de la gare, plein de gens couraient en criant dans une langue que je ne connaissais pas. Les portes du train se sont fermées, j’ai sauté devant les fenêtres des wagons pour essayer de les voir, mais la buée était trop dense. Il pleuvait. Le chef de gare a sifflé deux fois, le train a démarré et le rêve de Mamie a disparu. Je me suis assis sur le banc, la tristesse m’a envahi et j’ai réalisé que ma vie était définitivement ratée, j’avais sept ans et je n’avais jamais vu les otaries du Vladivostok Circus.
Mamie avait acheté les billets depuis très longtemps. Elle était allée les voir quand elle était petite et n’avait de cesse d’y retourner. Tous les soirs, avant de m’endormir, elle me racontait ses souvenirs. Je n’y étais jamais allé mais je connaissais tout par cœur, j’avais tout le déroulement dans la tête, j’étais incollable.
L’été dernier, j’avais vu l’affiche et j’étais rentré en pédalant comme un fou sur mon vélo. J’étais arrivé sans pouvoir prononcer un mot tellement j’étais essoufflé, mais Mamie avait deviné, elle l’avait lu dans mes yeux, elle avait compris en un instant. Avant même que les mots me reviennent elle m’avait installé dans sa voiture et nous avions été les premiers à acheter les places au guichet. Nous avions les meilleures places, nous allions tout voir et peut être même que je serais choisi pour participer à cette incroyable aventure. J’en avais rêvé toute l’année.
Quand Mamie est tombée malade, elle m’a fait promettre d’aller les voir quoiqu’il arrive. J’ai demandé au médecin si elle pourrait venir avec moi, à la fin du mois d’août, car nous avions déjà acheté les billets. Il a dit qu’il allait faire l’impossible, mais chez les médecins, l’impossible ça ne veut pas dire grand chose car elle est morte le lendemain.
Ce soir, j’ai compris qu’il ne m’emmènerait pas. Il a dit que son patron allait venir nous voir, qu’il faisait beaucoup de route et que c’était très important pour sa carrière. Je lui ai rappelé sa promesse mais il a dit que nous irions un autre jour ou l’année prochaine, mais moi je savais qu’il ne reviendrait pas avant des années. J’ai pleuré tout l’après midi, je l’ai supplié, j’ai voulu mourir. J’ai essayé d’y aller tout seul mais il a refusé. J’ai regardé l’horloge et j’ai compris que c’était fichu, il était dix heures.
Ils ont ri toute la soirée et ils ont décidés d’aller prendre un dernier verre au bar de la rue Jaunet. Dès qu’ils sont sortis, j’ai pris mon vélo et j’ai pédalé, pédalé, pédalé, pour voir les dernières minutes, les dernières secondes. Mais quand je suis arrivée, tout était fini, il ne restait rien, plus de musique, plus de décor, plus personne. Un type bizarre m’a dit qu’ils avaient repris leur train parce qu’il y avait un autre spectacle demain, dans une autre ville. J’ai repris mon vélo et j’ai foncé à la gare. Le train était encore sur le quai, le train rouge et vert, le fameux train que Mamie m’avait décrit.
Je suis arrivée sur le quai de la gare, plein de gens couraient en criant dans une langue que je ne connaissais pas. Les portes du train se sont fermées, j’ai sauté devant les fenêtres des wagons pour essayer de les voir, mais la buée était trop dense. Il pleuvait. Le chef de gare a sifflé deux fois, le train a démarré et le rêve de Mamie a disparu. Je me suis assis sur le banc, la tristesse m’a envahi et j’ai réalisé que ma vie était définitivement ratée, j’avais sept ans et je n’avais jamais vu les otaries du Vladivostok Circus.
Mc

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